Débat national sur les énergies
Le 26 avril 2004 | Par Philippe Aigrain
Classé dans Politiques publiques, Analyses
Analyse critique avec différents liens
Cette analyse fut produite le 9 septembre 2003 pour la liste Debapubtech. Elle a été complétée le 26 avril 2004.
Rappel du déroulement du débat
Le débat national sur les énergies a été organisé par le Ministère de l’industrie (site web) en collaboration avec la Commission nationale du Débat Public (site web). Il s’est déroulé à partir du 18 mars 2003, et la première conclusion qu’en a tiré le gouvernement a été présentée en conseils des ministres le 18 juin 2003 par Mme Nicole Fontaine. Par la suite, cette conclusion a donné lieu à diverses polémiques, ayant abouti à la désignation d’un comité de 3 sages chargés de produire une conclusion plus indépendante. En remettant son discours à l’Assemblée Nationale le 15 avril 2004 que le gouvernement allait lancer le programme EPR.
Le débat proprement dit
L’analyse présentée ici ne porte que sur la phase de débat du printemps 2003. Le débat a été ouvert par une conférence à Paris, il était structuré autour de diverses conférences régionales thématiques. Le principal vecteur du débat a été une consultation papier sur la base d’une brochure de présentation tirée à 3 millions d’exemplaires, qui donne (sur 15 pages) une présentation des faits et enjeux, et introduit un ensemble de questions réparties en 4 volets (économies d’énergies, énergies fossiles, nucléaire, énergies renouvelables, voir ci-dessous). Les conclusions tirées par le gouvernement du débat suivent plus ou moins les thèmes des conférences thématiques, et il est donc évident que la segmentation qu’elle introduisait dans le sujet est un des éléments les plus importants pour l’analyse. Un site Web rendait compte du débat, et comportait des forums associés à chaque thème. De façon « curieuse », l’accès au forum passait par une page dans laquelle le choix suivant était présenté : Choisissez le thème sur lequel vous souhaitez vous informer. Les logiciels de forums utilisés avaient des simples fonctionnalités de fils de discussion, sans aucun rôle à valeur ajoutée, même au simple niveau de la modération. D’une façon générale, les contributions (2500 au total, ce qui est assez peu), parfois assez argumentées sur un sujet précis, ne semblent pas avoir retenu l’attention des rédacteurs des conclusions. Elles sont mentionnées dans le rapport des sages à titre d’argument prouvant l’ouverture du débat, mais sans être analysées au fond.
Dès le lancement du débat, des critiques ont souligné ses biais structurels. Il parait difficilement contestable que le débat avait essentiellement pour but pour ses organisateurs de faire entériner comme inéluctable le lancement d’une nouvelle génération de réacteurs nucléaires. La brochure d’introduction, dans ses pages 3 à 15, qui prétendent fournir une information objective pour situer le débat fourmille d’affirmations ou d’angles de présentation plus que contestables. Citons simplement pour illustration le refus de distinguer les parts des transports de personnes et de marchandises dans l’analyse de la contribution des transports à l’augmentation de la demande énergétique, ou le fait que les économies présentées comme possibles dans le même domaine concernent uniquement les usagers individuels … compétitivité oblige. Ces biais poussèrent un ensemble d’associations (Greenpeace, WWF, Réseau Action Climat, Agir pour l’environnement, Les Amis de la Terre, France-Nature Environnement, Ovale) à organiser divers débats alternatifs. Voir le site Vrai Débat. De façon assez naturelle, ces initiatives présentent essentiellement les angles d’analyse et arguments non pris en compte dans le débat national. Elles se présentent explicitement comme « lieu d’information alternative au discours dominant » et sont directement liées à une pétition « Loi sur l’énergie : changeons de cap » (site web). Les sites correspondant n’offraient par eux-mêmes comme fonctionnalités de débat que la possibilité du logiciel sous-jacent (SPIP) de faire des commentaires aux articles des rédacteurs du site. Un parcours superficiel ne semble pas indiquer que cette possibilité ait été utilisée. Les annonces des conférences débats organisées dans la même période que celles du débat national officiel affichaient vouloir permettre une interaction importante entre intervenants et publics, dont je ne sais pas si elle s’est traduite en réalité.
Les outils des débat Internet
Il est remarquable qu’il ne soit plus possible d’accéder aux contributions du forum du débat officiel, alors que leur volume réduit ne rend en rien leur maintien en ligne coûteux. Loin d’être une exception, cette “disparition” des sources après publication des synthèses officielles est assez systématique dans divers débats, avec l’exception notable du Grand débat sur l’école et de ceux qui sont directement organisés par une CPDP. Le site utilisait un moteur de forum classique, qu’il n’est malheureusement plus possible d’identifier. Un certain nombre de chats avec des experts ou des officiels avait été également organisé. Ceux-ci restent en ligne (espérons que ce n’est pas parce que les officiels et experts y ont la parole et le dernier mot). Voir ici pour un exemple.
A l’opposé le site internet du “Vrai débat” reste en ligne, mais comme déjà indiqué, il n’y a pratiquement pas eu débat sur ce site. Il s’agit d’un site SPIP de base.
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