D’un pilotage par les sondages à une démocratie éclairée par le débat

Le 1 janvier 2009 | Par Eric Lombard 
Classé dans Débat, débattre

DébatEn cette période plus que morose pour la démocratie, où beaucoup de décisions sont prises sous l’empire de l’émotion ou la pression de l’urgence, où les solutions sont imposées d’en haut et où le parlement peine à assurer son rôle, il n’est pas inutile de rappeler quelques citations qui fondent notre action commune visant à développer le débat public.


« L’idée d’une société adulte et responsable, capable de se comprendre et de se gouverner elle-même par l’organisation de discussions au cours desquelles se produisent des processus d’apprentissage - cette idée est donc non seulement méconnue mais surtout exactement renversée lorsque triomphe l’idée que l’opinion publique est purement et simplement ce que mesurent les sondages »
Jürgen Habermas (S. Haber, Jürgen Habermas, une introduction, Pocket, coll. Agora)

Une «conférence de citoyens» s’est réunie sept jours et sept nuits. Une expérience originale, un condensé d’intelligence et de responsabilité. 
« Il faut rompre avec l’hypocrisie du référendum ou du sondage qui permettent essentiellement de recueillir l’opinion qu’on avait d’abord inculquée… il est extraordinaire de constater qu’une poignée de personnes, prises au hasard mais volontaires pour être instruites, peut contredire ce que croient et votent les mêmes personnes tant qu’on essaie de les confiner à l’état d’objets de consommation. »
Jacques Testart, biologiste et président de la Commission française du développement durable (Libération - 29 mars 2002)

« Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’institutions qui initialisent le débat public et qui soient capables de l’organiser. Cela n’existe pas encore (en 1999, NDLR). La délibération sur le code de la nationalité permet cependant d’illustrer la pertinence de cette thèse.
Durant la retransmission des débats à la télévision, on a pu voir l’effet de l’argumentation publique. Les individus qui composaient la commission des sages étaient contraints d’argumenter sérieusement, c’est-à-dire de donner des raisons, et non d’affirmer. Pratiquement toutes les personnes du comité sont revenues sur leur opinion initiale »
Luc Ferry, philosophe (Philosophies de notre temps, coordonné par Jean François Dortier, Ed. Sciences Humaines, 1999)

Luc Ferry, qui a mené le débat sur le Service civique au sein du Conseil d’Analyse de la Société, est bien placé pour savoir que l’opinion peut évoluer, y compris au plus haut de l’Etat ! Souvenez-vous. Nicolas Sarkozy et la plupart des candidats à l’élection présidentielle de 2007 promettaient d’instituer un Service civique obligatoire, soutenus par une opinion publique encore sous le choc des émeutes de 2005 dans les banlieues.Mais quand Luc Ferry remet son rapport en septembre 2008, préconisant un Service sur volontariat ne touchant plus que 60 000 jeunes chaque année, personne ne bouge,  pas même le Président ! L’opinion a évolué, sous l’effet de la crise certes (un Service obligatoire aurait coûté 3 milliards d’euros), mais aussi du débat que les médias ont relayé, mettant en lumière la contradiction inhérente à vouloir « ordonner à quelqu’un de devenir citoyen ». Voir aussi : Le débat public a fait évoluer l’opinion.

Ce n’est qu’un exemple des vertus du débat. Si vous en avez d’autres en tête, merci de prendre quelques minutes pour en enrichir la liste.Crédit photo : jasperwiet


Partager cet article :  Enregistrer dans del.icio.us [Reddit] [Facebook] [Technorati] [Google] [StumbleUpon]

Commentaires

Laisser un commentaire