Lancement du site Lyceepourtous.fr le 23 mars 2009
Le 24 mars 2009 | Par Karine Chevalet
Classé dans Annonces, Débat, débattre
Richard Descoings, directeur de Sciences Po, chargé de mission pour la réforme du lycée, a mis en place une plate-forme participative : Lyceepourtous.fr.
Cette initiative doit permettre à toutes les personnes concernées par le lycée (élèves, enseignants, parents, équipes d’encadrement…) de s’exprimer pour permettre un débat le plus large possible sur la réforme du lycée.
Les moyens de contribuer sont variés : par la publication d’un billet sur le blog ou d’une tribune dans l’espace Débats, par la mise en ligne d’une vidéo (partenariat avec You Tube), par commentaire, par notification d’accord ou de désaccord et enfin par la notation de commentaire.
L’internaute a juste besoin de renseigner son adresse email pour envoyer sa contribution ou pour créer un compte sur You Tube.
Le débat est structuré en 11 thématiques :
A quoi sert le lycée ? - Cours et évaluation - Orientation - Voies et séries - Vie au lycée - Priorités et moyens - Egalité des chances -Le lycée et la société d’aujourd’hui - Les métiers du lycée - Mon lycée idéal - Savoir, compétences et culture commune.
L’issue de la consultation ? Richard Descoings a d’ores et déjà annoncé dans la presse que les contributions seraient utilisées dans un document de synthèse au mois de mai prochain (voir article).
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Commentaires
2 réponses à “Lancement du site Lyceepourtous.fr le 23 mars 2009”
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Le problème essentiel, et j’enfonce une porte ouverte, c’est l’articulation monde de l’éducation/monde du travail.
Quelques pistes de réflexion :
Les enseignants ont souvent choisi leur profession comme une fuite devant la « réalité ». Non seulement on dénigre le monde extérieur (les entreprises), mais on refuse de le connaître et on a la tentation d’en détourner les élèves.
Le modèle français valorise la fonction publique aux dépens du monde de l’entreprise. L’enseignant veut bien préparer de futurs postiers, employés de la sécurité sociale, à la rigueur magistrats, mais on ne pense pas aux autres.
D’où le raidissement devant la formation en alternance qui est pourtant un moyen de choix pour assurer la transition entre le monde clos de l’enseignement et le monde rude de la petite entreprise.
Les enseignants ont intégré une hiérarchisation du savoir : l’enseignement général est le sommet. Notamment parce qu’il ouvre la porte à l’enseignement supérieur. (qui dit bien son nom). Même les enseignants des lycées techniques ou professionnels se considèrent comme en retrait par rapport à leurs collègues des lycées généraux.
Je ne sais pas si l’obligation scolaire est bien conçue. C’est vers 14 ans que l’enfant se détermine consciemment ou non vers les études abstraites ou l’absence d’appétence pour l’école. Si on se préoccupe vraiment de tous les élèves, il ne faut pas considérer ces derniers comme en échec scolaire (par rapport aux études abstraites) mais comme intéressés par autre chose, et sans doute un accès plus rapide au travail concret.
Il y a eu beaucoup d’efforts pour mieux cerner cette articulation éducation/monde du travail (attention que le monde de l’enseignement ne soit pas considéré comme ne faisant pas partie du monde du travail).
Il faudrait reprendre une idée qui avait été expérimentée jadis, proposer à certains enseignants des stages dans le monde du travail. (Il faudrait aussi bien différencier l’entreprise, qui peut être grande, petite, privée, publique…)
Pourquoi parle-t-on si peu, ou pas du tout, des lycées agricoles. Voilà un domaine ou, par tradition, on accepte comme normale une spécialisation en fonction de l’objectif professionnel. Sans aller jusqu’à formater les lycées en fonction du résultat recherché (lycées agricoles, lycées hôteliers, lycées industriels, lycées préparant aux grandes écoles d’ingénieurs, commerciales, de sciences politiques ou littéraires). Et puis qu’en est-il des professions médicales ou juridiques ?
En gros la question qui se pose est comment aider les jeunes qui n’aiment pas les études à apprendre quelque chose d’utile et à l’autre bout comment donner à la société l’élite dont elle a besoin.
Il y a une deuxième articulation qui fonctionne mal et d’une manière paradoxale, je veux parler du passage de l’éducation à la formation. Il est étonnant de voir qu’après 10 ans d’études diverses il faille ensuite plusieurs mois de formation. Bien sûr chaque type d’occupation demande une formation spécifique, mais, dans certains domaines, elle devrait être extrêmement brêve. Pourquoi faut-il prévoir un an de formation en IUFM pour de futurs enseignants ? En revanche il est certain que lorsqu’on entre dans une entrepris ou une administration il y a des choses à apprendre. Mais si on a reçu une bonne formation générale au lycée, l’adaptation doit être rapide.
Il y avait jadis un sas entre l’école et la vie active ; C’était le service national qui plongeait chacune dans une sorte de miroir de la vie active : hiérarchie, discipline, valorisation des activités manuelles et physiques. Par quoi le remplacer dans cette fonction de préparation ?
Pourquoi n’admet-on pas dans le secondaire ce que l’on trouve naturel dans le primaire. A ce stade on cherche à donner aux élèves la maîtrise de savoirs qui sont en même temps des techniques : écrire et lire, non pour devenir écrivain mais pour s’orienter dans la vie concrète ; calculer, non pour devenir un chercheur au CNRS, mais parce que cela fait partie des besoins essentiels pour la survie de la plupart des futurs adultes qui auront à calculer leurs impôts, à tenir une caisse, à évaluer le poids d’un crédit, etc…
Dans le secondaire l’école se substitue aux parents qui ne donnent plus à leurs enfants les clefs de leur métier. On propose aux élèves une panoplie de savoirs qui déboucheront sur des activités. L’élève est censé se déterminer peu à peu et choisir sa filière à défaut d’une activité concrète. Mais un jour ou l’autre il faut bien qu’il se confronte à un métier. On enseigne les langues dans le secondaire, mais très peu deviendront traducteurs. Il s’agit de donner un instrument de connaissance, d’élargir les horizons, de créer le socle culturel commun des Français et des Européens que nous sommes. Mais peut à peu il se fera une différenciation entre eux qui subissent cet enseignement (et souvent le rejettent) et ceux qui en tireront un profit intellectuel (lecture d’ouvrages littéraires, intérêt pour une autre civilisation) et pratique (se débrouiller lors d’une voyage dans le pays et peut-être participer aux relations internationales de leur entreprise).
Il me semble qu’il s’agir là de réflexions de bon sens. Je crains que beaucoup d’enseignants honnêtes, enfermés dans leur discipline, ne se posent pas ces questions. Ils sont très protégés par leur statut de fonctionnaire qui ne les incite pas à se remettre en question. En même temps ils réclament une indépendance qui est à l’opposé de la condition d’un fonctionnaire qui est payé par l’Etat et doit normalement lui être soumis. L’unification du statut des fonctionnaires réalisée en 1945 n’a pas tenu compte de la spécificité des fonctionnaires enseignants.
Gérard Abensour.
Professeur émérite de l’ENS (lsh)
La synthèse de cette mission est en ligne, tout comme celle du rapport de préconisations !
Allez voir sur http://blog.lyceepourtous.fr/synthese-de-la-mission/