La Biennale de la démocratie à Turin
Le 27 mai 2009 | Par Philippe Aigrain
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La démocratie est comme l’air que nous respirons. On n’y prête pas attention jusqu’à ce qu’il vienne à manquer ou devienne toxique.
Gustavo Zagrebelsky, Lezione, 23 avril 2009
La ville de Turin a créé un événement bi-annuel exceptionnel autour de la démocratie : la Biennale Democrazia, dont la première édition vient de se tenir du 22 au 26 avril 2009. Cet événement tient à la fois du festival, du colloque, des états généraux et de l’expérimentation sociale. Inauguré par Giorgio Napolitano, le président de la république italienne, il a suscité une participation débordant très largement des publics habituellement mobilisés dans ce type de manifestation.
L’idée même de l’événement provient :
- d’un contexte historique : la perspective de la célébration du 150ème anniversaire de l’unité italienne dans deux ans, le centenaire de la naissance du philosophe politique turinois Norberto Bobbio,
- d’un contexte politique : la perception d’une crise particulièrement aigüe de la démocratie italienne (contrôle des médias, conflits autour de la constitutionnalité, de la séparation des pouvoirs et de la laicité, politique de l’émotion),
- d’un contexte local : politiques publiques très dynamiques en matière culturelle et d’innovation, tissu d’acteurs engagés dans le renouveau des processus démocratiques, intellectuels de renom ayant pris des positions remarquées, au premier rang desquels Gustavo Zagrebelsky président de la Biennale dont on lira la très remarquable “leçon”.
Le succès à la fois intellectuel et populaire de la Biennale Democrazia semble provenir de plusieurs facteurs :
- le contexte politique déjà mentionné où, au delà de l’état permanent de crise consubstantiel à la démocratie (cf. Zagrebelsky), celle-ci semble particulièrement mise en danger par une oligarchie contrôlant les médias et agitant les émotions,
- un positionnement intelligent qui a relié les enjeux démocratiques à d’autres questions vives : droit et droits, statut des étrangers, rôle de la satire.
- sa conception comme événement culturel autant que politique et intellectuel, et enfin
- un engagement majeur de la ville de Turin et de la région du Piémont, les parrainages privés y compris émanant d’acteurs financiers (San Paolo-Intesa) n’ayant pas brouillé l’image d’indépendance intellectuelle de la manifestation.
En plus du débat sur l’université ouverte déjà annoncé sur debatpublic.net, le rôle d’internet dans la démocratie faisait l’objet d’une conférence-débat dans la Biennale. Un compte-rendu (en italien) de ce débat est accessible sur le site de La Stampa.
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